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1.- Une étonnante convergence

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

En relisant la Constitution Pastorale du Concile Gaudium et Spes, j’ai été vivement frappée par la convergence des thèmes identifiés par Vatican II comme « signes des temps » et ceux de la gouvernance mondiale depuis la chute du mur de Berlin : progression ou exaltation du sens de la liberté, de l’autonomie, de l’égalité et de la responsabilité, centralité de la personne (people-centredness dans le langage onusien), droits et pouvoir de l’individu, fraternité universelle, rôle croissant de la femme, accès de tous au développement, participation de tous dans la vie sociale et politique, solidarité, paix mondiale, unité de la famille humaine, vision intégrée de la réalité (holism dans le langage onusien)...

Dans une série d’articles que nous commençons aujourd’hui, je propose aux lecteurs de Nasz Dzienik une réflexion sur cette convergence, dans le but d’opérer le discernement auquel nous encourage le magistère de l’Eglise depuis le Concile. Si les thèmes de la gouvernance mondiale et les signes des temps identifiés par Gaudium et Spes sont semblables, l’interprétation qui en est faite diffère substantiellement.

A ceux qui veulent interpréter les signes des temps « à la lumière de l’Evangile » comme nous y invite le Concile (GS 4,1), une perspective de foi, théologale, de l’histoire s’impose. Que faut-il entendre par « signes des temps » ?

Le chrétien croit que Dieu a un dessein d’amour et de miséricorde sur le monde, l’histoire et chacun de nous. L’histoire humaine a un début et une fin. Gaudium et Spes nous rappelle que « le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations. C’est lui que le Père a ressuscité d’entre les morts, a exalté et a fait siéger à sa droite, le constituant juge des vivants et des morts. Vivifiés et rassemblés en son Esprit, nous marchons vers la consommation de l’histoire humaine qui correspond pleinement à son dessein d’amour : ‘ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre’ » (Ep 1, 10) (GS 45,2).

Si le Seigneur est l’alpha et l’omega, Il accompagne aussi la marche de l’histoire humaine entre son début et sa fin. Dieu en effet n’est pas le « grand architecte » des francs-maçons, glacialement absent de la vie et destinée de ses créatures et enfants. Il est Seigneur « et de l’histoire humaine et de l’histoire du salut » (GS 41,2). L’Esprit de Dieu, « par une providence admirable, conduit le cours des temps et rénove la face de la terre ». Il est présent aux évolutions de notre temps (GS 26,4). Dieu a un dessein particulier pour notre temps.

Les « signes des temps » sont les « signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu » dans « les événements, les exigences et les requêtes de notre temps » (GS 11), dans les « attentes » et « aspirations » du monde contemporain. Les chrétiens sont appelés à interpréter ces événements et aspirations à la lumière de l’Évangile pour qu’ils puissent répondre, « d’une manière adaptée à [notre] génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques » (GS 4, 1). Le discernement des signes des temps est nécessaire à l’accomplissement de la mission spécifique de l’Eglise : une mission d’évangélisation, celle de « continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (GS 3,2).
Le Concile nous rappelle qu’un « dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes ». Ce combat a « commencé dès les origines » et « durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour » (GS 37, 2). L’histoire humaine sera troublée par le péché « jusqu’à la pleine révélation de la gloire des fils de Dieu » (GS 40, 3). On peut même croire que le combat s’intensifie au fur et à mesure de la marche de l’histoire vers les fins eschatologiques.
En quoi les thèmes susmentionnés nous parlent-ils du dessein de Dieu pour notre temps ? En quoi sont-ils le théâtre d’un combat contre ce dessein, nous révélant ainsi le dessein de Lucifer ?