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10.- La liberté de religion et le vivre ensemble dans une société démocratique (1)

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

Vivre ensemble est une question qui nécessite aujourd’hui un grand soin dans le monde entier.

Dans certaines régions du monde, l’Etat civil doit encore être construit ou consolidé. En Occident, il a été opérationnel depuis plusieurs siècles. En Europe centrale et orientale, son libre exercice a été interrompu pendant la douloureuse période du totalitarisme communiste. L’Etat procure les lois de la vie commune et les fait appliquer par tous les citoyens sans discrimination. Il interdit notamment de nuire à l’être humain à cause de ses convictions, sa religion.

Les défis sociaux et sécuritaires qui nous préoccupent aujourd’hui, cependant, nous confrontent aux limites de l’Etat. L’Etat ne peut créer à lui seul l’atmosphère de confiance et d’amour nécessaire à la formation d’un corps social. Cet effort requiert l’engagement des hommes et des femmes qui, au sein de nos sociétés désormais multiculturelles, proviennent de cultures et religions différentes.

L’Occident moderne, laïque et Judéo-Chrétien, était unifié par des valeurs communes qu’on appelait, il n’y a pas si longtemps, le contrat social. Le contrat social était formé du contrat de société (c’est-à-dire les valeurs communes à une société particulière, qui était alors plus ou moins unifiée) et du contrat de gouvernement (à savoir le contrat entre cette société et le gouvernement qu’elle mandate pour qu’il la représente).

La sécularisation et la transition vers la postmodernité ces cinquante dernières années se sont accélérées alors qu’échouaient aux frontières européennes les différentes vagues d’immigration. Les causes de la perte d’identité de nos sociétés sont donc à la fois internes et externes. Nombreux sont aujourd’hui ceux qui ne se sentent plus représentés par les politiques, et souvent aussi les lois de leur pays. Certes, l’Etat de droit continue à fonctionner, mais presque mécaniquement pourrait-on dire, car le contrat social de la modernité occidentale a été irrémédiablement fissuré ; le socle des valeurs communes a été ébranlé. Et les citoyens et l’état s’interrogent. Qui sommes-nous ? Formons-nous un peuple ? Est-il possible de le devenir ?

Cette atmosphère de fragmentation sociale porte en elle de sérieuses menaces, non seulement à la paix et à la sécurité, mais aussi au bonheur de chacun. L’urgence de redevenir un corps, un peuple, se fait sentir aussi bien auprès des politiques qu’au niveau des hommes et des femmes à la base de nos sociétés.

Pour répondre à cette aspiration, le droit et les normes politiques ne sauraient suffire. Nous savons tous que les normes imposées de l’extérieur, sans être reconnues comme bonnes par les individus eux-mêmes, n’ont pas d’efficacité durable. Pour créer un peuple, il faut que les personnes qui le constituent se rencontrent, dialoguent entre elles, se connaissent et se respectent mutuellement, coopèrent fraternellement à édifier le corps social et découvrent ce qu’elles ont en commun.

L’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (un document où l’apport Judéo-Chrétien a été substantiel) affirme que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». La Déclaration parle de conscience, de raison et de fraternité. Tous doués de conscience, de raison et de coeur, nous sommes tous capables de reconnaître ce qui est réel, bon, vrai, aimant, véritablement fraternel, et de poser des choix personnels en conséquence.