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11.-La liberté de religion et le vivre ensemble dans une société démocratique (2)

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

Dans sa Déclaration Nostra Aetate, le Concile Vatican II met en lumière l’appartenance de tous les peuples à « une seule communauté » : « ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre ; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous » (NA, 1). Le Concile encourageait par là les chrétiens et les croyants d’autres religions à regarder tous les hommes comme des frères. Les citoyens européens adhérant à l’une des religions monothéistes sont plus aptes que ceux qui se revendiquent d’une laïcité stricte à susciter ensemble dans nos pays une fraternité filiale, une citoyenneté fraternelle.

La radicalisation de la sécularisation en Occident fait obstacle à la bonne entente entre les citoyens et à la paix. Dans un discours qui a fait le tour du monde, prononcé le 28 décembre dernier à Al-Azhar, le Président Egyptien Abd Al-Fattah Al-Sisi a lancé un appel en faveur d’une révolution interne à la religion islamique, affirmant que l’extrémisme détruisait la nation islamique.

Une telle remise en cause serait bienvenue de la part de l’Europe occidentale, dont n’est pas absent un extrémisme, non pas religieux, mais laïciste, visant à imposer à tous, au nom de la démocratie, des droits, de la liberté et de l’égalité, des projets sociaux en conflit avec ce qui est universel et était largement reconnu comme tel il y a seulement quelques décennies. Dans les domaines bioéthique (début et fin de vie, procréation humaine, identité sexuelle), culturel et éducatif (droits des parents à l’éducation de leurs enfants, contenu de l’éducation nationale) en particulier, les politiques et lois de nos pays sont souvent en conflit avec l’enseignement des grandes religions et ce que la conscience de tout homme et de toute femme peut reconnaître comme vrai. Dans un tel contexte, il est devenu urgent de faire respecter le droit à l’objection de conscience (des majorités contre les minorités au pouvoir !).

La revendication d’un droit au blasphème, pour donner un exemple récent, est symptomatique du laïcisme dont nous parlons. Il relève d’une interprétation du droit à la liberté d’expression qui n’est pas de nature à développer des relations fraternelles mais plutôt à provoquer une riposte violente. Le blasphème n’est pas utile à la société et n’a rien d’universel.

Les pays d’Europe occidentale ne doivent-il pas, avec l’ensemble de leurs citoyens, quelle que soit leur provenance ethnique ou religieuse, affronter avec lucidité leurs propres maladies internes : la dénatalité et la crise de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme comme « élément de base de la société » (comme le précise la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans son article 16), l’abandon et la solitude des personnes âgées, le chômage, la désorientation, voire le désespoir de nombreux jeunes, la crise du rapport de l’être humain à la création, par exemple.

Si vous voulons promouvoir l’unité et l’amitié entre les peuples différents vivant au sein de nos sociétés européennes, il importe de discerner que la sécularisation occidentale nourrit l’anti-occidentalisme de populations profondément attachées à la transcendance, à ce qui est sacré, à la famille, aux enfants, au respect et soin des personnes âgées. Il est ainsi concevable que la sécularisation puisse devenir le terreau d’extrémismes. Il serait malavisé de ne pas prendre cette réalité, qui pourrait se révéler une bombe à retardement, en compte, ou de la nier.

La neutralité de l’Etat envers les religions ne saurait signifier qu’il doive être « neutre » envers le bien qui est commun à tous ses citoyens. Le fondement du vivre ensemble est au contraire la recherche par tous, ensemble, Etat et citoyens, de ce qui est bon pour tous, de la paix, la justice et la liberté pour tous.