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12.- Colonialisme, décolonisation, néo-colonisation

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

Les derniers papes ont dénoncé le néo-colonialisme qui exporte mondialement les « déchets toxiques spirituels » (Benoît XVI) d’un Occident décadent et s’attaque particulièrement au mariage, à la famille et à la vie. Dans son discours aux familles prononcé à Manille le 16 janvier 2015, le pape François fait six fois allusion aux « colonisations idéologiques » qui cherchent à « détruire la famille ». La condamnation de Jean-Paul II a été vigoureuse, notamment dans Evangelium Vitae.

Les motivations des empires coloniaux qui se sont constitués depuis la fin du 19ème siècle n’étaient pas dépourvues d’intérêts égoïstes et d’un paternalisme destructeur du développement des cultures indigènes. Cependant elle a aussi permis aux missionnaires, souvent héroïques, d’apporter le Christ à ces populations qui l’attendaient dans leur cœur sans le savoir.

A sa création en 1945, l’ONU comptait parmi ses 51 membres fondateurs plusieurs pays à la tête d’empires coloniaux (Royaume-Uni, France, Belgique, Pays-Bas, Etats-Unis…). Cependant, l’article 1 de la Charte des Nations-Unies affirmait le « principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ». Le 16 décembre 1952, l’ONU adopta une résolution sur la décolonisation. Formellement et à très juste titre, l’ONU combat le colonialisme.

La décolonisation s’est opérée dans le cadre démocratique dont les colonisateurs avaient posé les fondements. L’ONU a interprété la « libre détermination » des peuples à la lumière des valeurs démocratiques occidentales, jugées universelles. Elle continue aujourd’hui à promouvoir la « démocratisation » des pays en voie de développement.

En accédant à l’indépendance et devenant Etats-membres de l’ONU, les anciennes colonies devaient en principe jouir d’une « égalité souveraine » par rapport aux autres états : leurs cultures, la volonté de leurs peuples devaient être prises en compte et respectées.

Mais ces pays ont été soumis, dans une mesure croissante au fil des décennies, à l’influence des normes onusiennes véhiculant le point de vue d’« experts » informés par les objectifs de la révolution culturelle occidentale. La grande décennie de décolonisation (1957-67) a en effet coïncidé avec l’accélération de la révolution culturelle d’Occident, dont l’apothéose en mai 68 a fait basculer l’histoire du monde. L’accès au multilatéralisme s’est souvent payé en conditions d’aide au développement, notamment en matière de contrôle démographique.

Précisément depuis que l’ONU défend l’auto-détermination au nom des droits de l’homme, de la démocratie, de l’égalité et de la liberté, ces valeurs universelles se sont corrompues de l’intérieur. « Démocratisation » des pays en voie de développement en est venue à signifier en pratique « alignement sur la réinterprétation révolutionnaire des valeurs démocratiques ».

Par opposition à la colonisation, qui était visible et formelle et ne concernait que certains territoires, la néo-colonisation est difficile à déceler. Elle est mondiale. Elle n’apporte pas le Christ, mais l’apostasie. N’est-ce pas au nom de l’égalité et de la liberté citoyennes qu’on impose, en Occident comme ailleurs, le droit à l’identité de genre, à l’euthanasie ?