print

13.- Un cas particulièrement scandaleux de néo-colonisation en Afrique : le Protocole de Maputo

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

Depuis la décolonisation, nous avons l’illusion de croire que le colonialisme politique est révolu : la néo-colonisation ne serait que culturelle. Il importe de saisir que le colonialisme politique et juridique perdure aujourd’hui, mais sous d’autres formes. Il est d’autant plus dangereux qu’il se déguise en programmes prétendument « impulsés par les pays », alors qu’ils sont fabriqués par les minorités au pouvoir de la gouvernance mondiale.

Le Protocole de Maputo à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples Relatif aux Droits des Femmes en Afrique est sans doute l’un des exemples les plus scandaleux du néo-colonialisme juridique. Il contient un article entier dédié au « droit à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction » : l’article 14, qui promeut le droit à la contraception et au préservatif, à l’éducation sexuelle, et à « l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère et du fœtus. »

Le Protocole de Maputo est honteusement le premier traité international à reconnaître l’avortement comme un droit humain des femmes. Les cultures africaines célèbrent la maternité et la vie. Du début à la fin du processus – de la rédaction des articles du Protocole jusqu’à la surveillance de sa mise en œuvre par les états africains qui l’ont ratifié, le lobby transnational du droit à la contraception et à l’avortement a été et reste aux postes de commande.

Le Protocole a été adopté en 2003 au second sommet de l’Union Africaine sous la pression de ces lobbys, dont principalement Equality Now. Ces mêmes lobbys ont manipulé les gouvernements africains afin qu’ils le signent et le ratifient, ce que 48 et 36 états sur 54, respectivement, ont déjà fait. Ils exercent désormais pression sur eux pour qu’ils l’appliquent en changeant leurs politiques et leurs lois. Leur objectif est de lier juridiquement les gouvernements africains le plus rapidement et vigoureusement possible et de les mettre ainsi sous leur contrôle idéologique.

C’est dans cette perspective qu’ils ont récemment exercé leur influence au niveau de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Cette Commission représente l’« organe de surveillance » de l’application des traités et protocoles de l’Union Africaine par les Etats-parties. Elle a adopté en mai 2014 des Observations Générales sur l’article 14 du Protocole. Ces observations, rédigées avec l’appui technique de la branche africaine d’un lobby américain, Ipas, sont un outil de pression juridique sur les états ; elles sont juridiquement normatives.

Selon les observations, la ratification du Protocole engagerait juridiquement les Etats-parties à légaliser ou dépénaliser l’avortement médicalisé, ou relire les lois restrictives pour les élargir ; à procurer un « accès universel » à la « gamme complète » des contraceptifs modernes ; à assurer aux femmes le droit de remettre en question ou de faire abstraction des croyances, traditions, valeurs et pratiques culturelles ou religieuses (24) ; à intégrer la santé reproductive dans les programmes scolaires (52) etc.

Ne faisons-nous pas face à une pernicieuse résurgence de l’esclavagisme ?