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16.- Unification du genre humain - par le « développement durable » ou par l’amour de Dieu ?

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

L’ONU conçoit son Agenda de Développement de l’Après-2015, qui sera adopté au Sommet des 25-27 septembre prochains à New-York, comme une « charte pour les peuples et la planète au 21ème siècle », un « nouveau pacte mondial » ou « cadre normatif mondial » censé régir toute activité de développement – multilatérale, régionale, nationale, locale, gouvernementale et non-gouvernementale, publique et privée - jusqu’en 2030. Elle veut offrir à l’humanité, pour la première fois de son histoire, un « programme unifié et universel » : unifié par l’éthique du développement durable, totalement inclusif des programmes onusiens et applicable à tous - des institutions jusqu’aux individus eux-mêmes.

Le projet d’unifier l’humanité par le développement durable et ses composantes, en cours depuis la conférence de Rio de 1992 où fut adopté un prétendu « consensus mondial » sur le développement durable, devrait canaliser toutes les activités et politiques de développement et les ressources financières y afférentes pour les 15 prochaines années. Il fera vraisemblablement advenir une nouvelle Pax Romana mondiale, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, la pourvoyant d’un langage commun, d’un cadre conceptuel commun, d’objectifs politiques, éducatifs et culturels communs, d’une éthique commune.

Lorsque l’ONU parle encore de « valeurs », elle ne les qualifie plus d’universelles, mais de « communes » ou « partagées ». Elle les coupe ainsi de leur ouverture à la transcendance. En revanche, elle utilise l’adjectif « universel » lorsqu’elle parle de son propre programme de développement, du développement durable et de tout ce qu’il contient, notamment les programmes du Caire (santé et droits sexuels et reproductifs) et de Pékin (perspective du genre). L’éthique postmoderne du développement durable, dont sont absentes les notions de bien et de vrai, est en train de devenir le principe d’universalité de l’humanité. Elle substitue dans la culture et la politique, sans que nous nous en apercevions, le respect dû à la loi inscrite dans le cœur de tous les hommes et à la transcendance de la conscience informée par cette loi.

Discernant les signes des temps se manifestant dans les années 1960s, le Concile Vatican II a observé que l’humanité tendait de plus en plus « à l’unité civile, économique et sociale » (Gaudium et Spes 43) et que se préparait progressivement un « type de civilisation plus universel qui fait avancer l’unité du genre humain » (GS 54).

La gouvernance mondiale a voulu pourvoir ce temps de l’histoire de l’humanité de normes éthiques « universelles » sans Dieu. Or la réalité de l’Eglise, nous enseigne le Concile, manifeste au monde qu’une « véritable union sociale visible découle de l’union des esprits et des cœurs, à savoir de cette foi et de cette charité, sur lesquelles, dans l’Esprit Saint, son unité est indissolublement fondée » (GS 42). L’Eglise est « dans le Christ, comme le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu, et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium, 1). Le Christ a « réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa croix, rétablissant l’unité de tous en un seul peuple et un seul corps » (GS 78). La mission de l’Eglise est d’« amener l’humanité entière à l’unité de la famille de Dieu » (GS 43). Cet appel est plus pressant que jamais !