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17.- Principe de partenariat, principe de séparation

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

L’ONU cherche agressivement à établir un « partenariat mondial » pour appliquer son nouveau programme de développement mondial au-delà de 2015. Elle cherche à compter les religions, et l’Eglise catholique en particulier, parmi ses partenaires.

La stratégie onusienne de partenariat avec les religions remonte à la conférence d’Amsterdam de 2004, qui célébrait les dix ans de la conférence du Caire sur la population. Les agents de la santé sexuelle et reproductive, dont l’objectif est d’octroyer à tous un accès égal à la contraception moderne et à l’avortement dit « sans risques », ont alors décidé un changement complet de stratégie à l’égard des religions : d’ennemies qu’elles étaient en raison de leur résistance, l’ONU a voulu en faire des partenaires et a commencé à adopter une approche « amicale ».

Les religions, dernier bastion de résistance potentiel aux dérives laïcistes de la gouvernance mondiale, se sont, dans une mesure non négligeable, laissées séduire par la logique et la dynamique des partenariats.

Analysons ce phénomène. Dans son partenariat avec les religions, l’ONU prend l’initiative et impose à l’Eglise le cadre - sémantique, conceptuel, stratégique et idéologique - qui est le sien : un cadre postmoderne et abstrait, présentant d’inquiétants aspects laïcistes. Le partenariat est motivé par la volonté de l’organisation de faire appliquer ses normes et objectifs par tous. Exclusivement au service d’objectifs onusiens, un tel partenariat efface la ligne de séparation Eglise-Etat : l’ONU assigne à l’Eglise les mêmes objectifs, prétendument éthiquement impératifs, que ceux de tous les autres « partenaires » de la gouvernance mondiale.

Quant à elle, l’Eglise ne respecte pas non plus le principe de séparation lorsqu’elle entre dans le cadre de la gouvernance mondiale, utilise son langage et appuie ses objectifs stratégiques. Elle se transforme alors elle-même en agent d’une éthique venue d’ailleurs et ne remplit plus sa fonction.

Le principe de partenariat de l’ONU remet fondamentalement en question le principe de séparation Eglise-Etat. Il n’aboutit pas à une ouverture de la gouvernance mondiale à la transcendance, mais à la sécularisation de la religion.

Nous arrivons à une heure critique : une heure de choix pour les chrétiens. L’Eglise rend le plus service à l’humanité en restant elle-même, fidèle à sa mission qui est, non de chercher à influencer ou changer le cours de la gouvernance mondiale, mais de rendre témoignage à la vérité qui rend libre, dans un langage qui est le sien, un langage simple, concret et universel, seul capable d’ouvrir les cœurs.