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2.- Le dessein de Dieu pour notre temps

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

Dans quel temps de l’histoire sommes-nous ? Le Concile observait, il y a cinquante ans, que l’humanité, alors en « crise de croissance », entrait dans un « âge nouveau de son histoire » (GS 4). Il parlait d’une « véritable métamorphose sociale et culturelle » dans le monde, de « changements profonds et rapides » qui, partant d’Occident, « s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe » (GS 4).

Une génération plus tard, lorsque le mur de Berlin est tombé, l’humanité a de nouveau eu le sentiment partagé d’entrer dans une ère nouvelle, dont l’une des caractéristiques était l’abolition des obstacles à la mondialisation rapide des transformations déjà observées dans les années 1960s. En ce sens, 1989 n’a fait que contribuer à l’accélération de l’histoire du même « temps nouveau ».

Il nous est très utile aujourd’hui de revenir au discernement des signes des temps effectué par les pères conciliaires avec une précision et une exactitude qui venaient du Saint-Esprit lui-même : le discernement chrétien ne s’opère pas à travers la seule raison, mais à la lumière de la foi qui « éclaire toutes choses d’une lumière nouvelle » (GS 11). Gaudium et Spes nous invite à un regard d’espérance sur les bouleversements de notre époque. Depuis Jean XXIII, les papes ont donné un nom au dessein de Dieu pour notre temps : la civilisation de l’amour. Nous ne sommes pas à n’importe quel moment de l’histoire. Centrée sur la personne, fondée sur l’amour, mondiale, intérieure à toutes les sociétés, les transcendant toutes, la civilisation de l’amour est la grâce spécifique de notre temps.

Les signes des temps sont autant d’appels de l’Esprit. Nous sommes invités à y répondre « avec ardeur » (GS 11, 92). Reflétant la présence de Dieu dans les évolutions de notre temps, ils sont, nous dit le Concile, une « sorte de préparation » à l’accueil du message évangélique (57). Le concile nous propose de juger à la lumière de la foi « les valeurs les plus prisées par nos contemporains » et de « les relier à leur source divine » (11). Notre mission de chrétien dans le monde à l’heure de la civilisation de l’amour est donc de relier à leur source divine la conscience plus vive de la dignité humaine (26, 73) et de la centralité de la personne, la reconnaissance croissante de l’égalité fondamentale de tous les êtres humains, sans exception, la progression du sens de la liberté, de l’autonomie et de la responsabilité, le rôle croissant de la femme dans la cité, le sens de la solidarité internationale (57), la soif de justice et de fraternité universelle, la volonté d’accorder un accès universel à la nourriture, au logement, à l’éducation et la santé, au travail (GS 26)… et d’étendre à tous les peuples les « bienfaits de la civilisation » (GS 9) et les « biens de la création » (69), le désir de participation de tous à la vie sociale, économique, politique, le désir universel de paix, l’aspiration à retrouver une vision intégrée de la réalité, la conscience plus grande du génie propre à chaque peuple…

Le Concile a précédé Mai 68. Ces cinquante dernières années, le Malin a dévoyé les aspirations humaines universelles de notre temps à son profit diabolique. Une interprétation laïciste des nouvelles valeurs s’est largement répandue. Mais ne sommes-nous pas à l’heure de la grande réconciliation ? Celle où les pierres vivantes de l’Eglise que nous sommes réentendent l’appel de l’Esprit à œuvrer à la civilisation de l’amour en ouvrant la fraternité universelle au Christ notre frère qui, en nous révélant l’amour du Père, nous a révélé notre identité filiale universelle et en qui se trouve « la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine » (G&S 10).