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5.- Le sens de la liberté, signe de notre temps

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

Nous poursuivons notre lecture des signes des temps identifiés par Gaudium et Spes en 1965 et demeurant ceux de notre temps. Parlons aujourd’hui de la liberté.

« Jamais les hommes n’ont eu comme aujourd’hui un sens aussi vif de la liberté » (GS 4, 5). « Jamais » : discernement hautement significatif des pères conciliaires !

Qu’est-il advenu du sens de la liberté de nos contemporains depuis le Concile ? La décolonisation a fait entrer les peuples des pays en voie de développement dans un temps nouveau de leur histoire. Ils « ressentent… le besoin d’exercer leur liberté d’une façon plus adulte et plus personnelle » (6, 6). Les peuples soumis au joug du totalitarisme communiste ont célébré leur libération en 1989. Avec l’accélération de la mondialisation, les peuples des pays en voie de développement souhaitent, plus que jamais, se libérer de la misère. Les technologies de la communication offrent à tous un libre accès à la connaissance. Les choix qu’ont les hommes et les femmes de notre temps dans tous les domaines se sont multipliés de manière exponentielle et paraissent même sans limites. La jeunesse partout dans le monde - chinoise, africaine, indienne, cubaine… - n’est-elle pas déjà acquise à la liberté ?

Le Concile enseigne que les hommes « ont raison » d’estimer grandement la liberté et de la poursuivre « avec ardeur » (17, 17). En effet, Dieu a créé l’homme libre. La liberté est « en l’homme un signe privilégié de l’image divine » (17, 17). Elle est une exigence de sa dignité. Il n’est d’acte humain qui soit vraiment humain et personnel s’il n’est posé consciemment et librement : « c’est toujours librement que l’homme se tourne vers le bien » (17, 17). C’est librement qu’il adhère à l’amour, la vérité et à Dieu et trouve ainsi le bonheur et la plénitude. Fondamental est le besoin d’être libre de l’être humain. Aussi le développement actuel du sens de la liberté est-il inspiré par Dieu et correspond-t-il à une croissance de l’être humain et donc au dessein de Dieu.

Il faut cependant prendre en compte avec réalisme chrétien la réalité du péché qui traverse l’histoire humaine du début à sa fin. En abusant de sa liberté et « désirant parvenir à sa fin hors de Dieu », l’homme, séduit par Satan, est devenu esclave du péché. Le sens de la liberté qu’ont nos contemporains est blessé par le péché : « Souvent … ils la chérissent d’une manière qui n’est pas droite, comme la licence de faire n’importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal » (17, 17). Et de fait, n’est-ce pas au nom de la « liberté de choisir » qu’ont été revendiqués, précisément depuis les années 1960s, le droit à l’amour libre, à la contraception, à l’avortement, à l’enfant (fécondation in vitro), à l’euthanasie, à l’orientation sexuelle, au mariage de personnes de même sexe, voire même maintenant au blasphème ? Ces interprétations de la liberté dérivent de l’athéisme et du péché selon lequel « la liberté consiste en ceci que l’homme est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan et le démiurge de sa propre histoire » (20, 1).

Au fur et à mesure que s’accroît dans le monde le sens de la liberté s’accroît le combat à l’intérieur de la liberté et apparaissent de nouvelles formes d’asservissement. Conscient de la nécessité d’une juste interprétation de la liberté, Gaudium et Spes qualifie la liberté de « juste », « authentique », « vraie », « légitime ».

Le chrétien a pour mission de réveiller la conscience et la responsabilité des personnes qui se trouvent sur son chemin. Par son témoignage, il fait prendre conscience que de l’homme « dépend la bonne orientation des forces qu’il a mises en mouvement et qui peuvent l’écraser ou le servir » (9, 4). Coopérant à la mission du rédempteur qui est venu en personne « pour restaurer l’homme dans sa liberté » (13, 1-2), il se rappelle aussi que ce n’est que « par le secours de la grâce divine que la liberté humaine, blessée par le péché, peut s’ordonner à Dieu d’une manière effective et intégrale » (17, 17). Car « aucune loi humaine ne peut assurer la dignité personnelle et la liberté de l’homme comme le fait l’Évangile du Christ, confié à l’Église. Cet Évangile annonce et proclame la liberté des enfants de Dieu, rejette tout esclavage qui enfin de compte provient du péché, respecte scrupuleusement la dignité de la conscience et son libre choix, enseigne sans relâche à faire fructifier tous les talents humains au service de Dieu et pour le bien des hommes, enfin confie chacun à l’amour de tous ». (41)