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7.- Quelle fraternité universelle pour notre temps (1) ?

Série « signes des temps »

Par Marguerite A. Peeters

Les quelques premiers mots du pape François au balcon de Saint Pierre le soir de son élection le 13 mars 2013 contenaient deux fois le mot « fraternité » : « Et maintenant, initions ce chemin: l’Evêque et le peuple. Ce chemin de l’Eglise de Rome, qui est celle qui préside toutes les Eglises dans la charité. Un chemin de fraternité, d’amour, de confiance entre nous... Prions pour le monde entier afin qu’advienne une grande fraternité. » Fraternité au sein du diocèse de Rome, entre l’évêque et son peuple, et fraternité dans le monde entier.

Dès le début de son pontificat, le pape François réintroduit dans l’Eglise le thème de la « fraternité universelle » qui avait si fortement marqué l’esprit du Concile Vatican II. Le bienheureux Charles de Foucauld, mort en 1916, en avait été le précurseur dans l’Eglise. En 1902 il écrit à sa cousine : « Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres, à me regarder comme leur frère, le frère universel ». Le bienheureux Paul VI s’inspire de Charles dans son encyclique Populorum progressio (1967). Parlant notamment des obligations des plus favorisés, il écrit qu’elles s’enracinent dans une « fraternité humaine et surnaturelle » (44).

La fraternité était un thème cher au bon et saint pape Jean. Dans son encyclique Pacem in Terris (1963), il appelle de ses vœux la formation par tous les peuples de la terre d’une « véritable communauté fraternelle » grâce au Christ (171). Il prie le Rédempteur de transformer « tous les hommes en témoins de vérité, de justice et d’amour fraternel » (Ib.).

Chiara Lubich (1920-2008), dont la cause de béatification a été ouverte le 27 janvier dernier, a cherché toute sa vie à multiplier dans le monde des « espaces de fraternité » - fraternité possible « parce que nous sommes tous créés à l’image et à la ressemblance de Dieu qui est Amour. Aimer est un impératif qui est inscrit dans les gènes de tout un chacun ».

Gaudium et Spes parle explicitement et à plusieurs reprises de la fraternité universelle comme appel de l’Esprit en notre temps. La constitution pastorale conciliaire « se réjouit de l’esprit de fraternité véritable qui est en train de s’épanouir entre chrétiens et non-chrétiens et tend à intensifier sans cesse leurs efforts en vue de soulager l’immense misère » (GS 84). « En proclamant la très noble vocation de l’homme et en affirmant qu’un germe divin est déposé en lui », le Concile « offre au genre humain la collaboration sincère de l’Église pour l’instauration d’une fraternité universelle qui réponde à cette vocation » (GS 3).

Rappelant les paroles du Christ « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40), le Concile insiste sur l’« impérieux devoir » que nous avons aujourd’hui plus que jamais de nous faire le frère « de n’importe quel homme et, s’il se présente à nous, de le servir activement : qu’il s’agisse de ce vieillard abandonné de tous, ou de ce travailleur étranger, méprisé sans raison, ou de cet exilé, ou de cet enfant né d’une union illégitime qui supporte injustement le poids d’une faute qu’il n’a pas commise, ou de cet affamé qui interpelle notre conscience » (27).

Le Concile voit dans « la pratique assidue de la fraternité » une condition indispensable à la construction de la paix (78).

Le magistère de l’Eglise et les saints qui ont été les promoteurs de la « fraternité universelle » au siècle dernier nous aident à discerner le contenu véritable de cet appel. Car entre le Concile et le pontificat de François, certaines interprétations de la fraternité au sein de l’Eglise se sont laissé infecter par l’esprit du monde.