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Opportunités de la culture du consensus : retrouver le sens de la communauté humaine

L’attrait culturel actuel de l’Occident pour le consensus a sa source véritable dans le désir de tout homme de vivre dans une société unie, de vivre dans une communauté humaine où il est possible de faire l’expérience d’une communion.

L’Occident et le monde sont fatigués des divisions ayant caractérisé les sociétés modernes : divisions idéologiques, divisions entre majorité et opposition, paradigme du gagnant-perdant, structuration hiérarchique et institutionnalisée du pouvoir, poursuite individuelle ou collective d’intérêts particuliers.

Les paradigmes modernes (individualistes/collectivistes) obéissaient à la seule logique de la « coalition raison-pouvoir » et laissaient peu de place à l’amour, à la confiance et à la gratuité dans les relations interpersonnelles et sociales. Ils ont maintenant prouvé leur incapacité à créer un ordre social conforme à la nature de l’homme. Nous vivons la faillite d’un modèle.

Les raisons de la faillite sont avant tout anthropologiques. Les paradigmes modernes se fondaient sur une anthropologie réductionniste ou faussée, qui donnait non seulement un primat absolu à la raison mais avait divorcé la raison du cœur et de la conscience, et la raison de la foi.

La culture occidentale ne reviendra pas à la modernité et à ses paradigmes. Personne ne remet en cause l’adoption du « consensus » comme paradigme de la nouvelle culture. Il est rare que l’histoire revienne en arrière.

L’égalité, la participation de la base, le respect, le dialogue, la solidarité, le consensus, l’harmonie avec la nature s’imposent plus que jamais comme exigences humaines et éthiques d’une civilisation en cours de mondialisation. Il existe un « consensus » sur ces valeurs, laissant entrevoir la possibilité de refaire de l’amour un thème culturel, social, économique en Occident et dans le monde, de réintroduire l’amour et la gratuité dans la sphère publique.

Fruit de la révolution culturelle occidentale, le consensus postmoderne est néanmoins la caricature de l’aspiration humaine universelle à une communion dans la vérité. Dans l’état actuel des choses, le « consensus » en Occident exprime le plus souvent un compromis ambivalent qui n’engage - et donc ne satisfait - personne.

Au nouveau consensus mondial, il manque une source fraîche.

L’aspiration à un consensus authentique, à une vraie communion, demeure dans le cœur de tout homme et de tout occidental. Le modèle africain de la palabre, qui se rapproche de la réalisation de cette aspiration, peut nous aider à discerner les conditions d’un consensus conforme à la nature intégrale de l’homme.

Essayons d’identifier quelques unes de ces conditions.

1. Au point de départ, la communauté doit vouloir son propre bien :
- croire et espérer que ce qui est réel, vrai et bon existe et peut être trouvé ;
- aimer ce qui est réel, vrai et bon comme son propre bien ;
- décider de rechercher, de manière toujours ouverte et constamment, dans chaque situation, ce qui est vrai et bon pour tous et pour chacun et favorise la croissance personnelle et communautaire.

2. L’amour, la paix, la solidarité, l’unité, l’entente, la confiance, la communion des membres passent avant, mais n’excluent pas, la justice et le droit. La communauté à la recherche d’un consensus se considère et agit comme une famille : nous revenons à cette caractéristique de la culture africaine. Elle est régie par des relations fraternelles. Le processus de consensus s’efforce d’éviter de blesser. Un contrôle social empêche celui qui dit « avoir raison », sait convaincre les autres par des techniques oratoires ou est le plus fort d’imposer son point de vue.

3. La communauté est réaliste quant à la capacité de l’être humain de faire le mal, de faire de mauvais choix. Elle reconnaît que le mal existe. Elle honore l’importance du discernement de ce qui est bien et de ce qui est mal. Elle reconnaît le besoin de réconciliation fréquente et croit et espère que la réconciliation est toujours possible.

4.Le processus de construction d’un consensus doit respecter chaque personne comme également compétente à parler et à faire une contribution constructive. Chaque personne est prise au sérieux et écoutée avec respect.

5. La communauté est vivante : chacun se sent concerné et assume ses responsabilités envers le corps tout entier. Cette responsabilité se manifeste à travers une participation effective, venant du cœur.

6. Le processus de construction d’un consensus est dans une dynamique de croissance et d’ouverture. La réalité peut toujours nous surprendre et nous faire davantage découvrir la vérité. Il ne s’agit pas de « posséder la vérité » une fois pour toutes.

7. Le processus honore l’engagement. La parole donnée a un caractère solennel. Elle n’est pas vaine. Elle a un contenu réel, découlant de la vérité.

8. La communauté est ouverte à la sagesse venant des aînés et de la tradition. Elle est ouverte à Dieu.

9. La communauté reconnaît que les relations humaines, leur guérison et leur croissance prennent du temps.

10. La résolution du conflit se fonde sur une reconnaissance sincère du tort commis et de la vérité qui a émergé, et un engagement à réparer et refaire route avec la communauté.

© 2009 Marguerite A. Peeters
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