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Le processus des conférences et les nouveaux thèmes de la coopération internationale

L’ONU a appelé processus des conférences (« conference process ») la série des neuf grandes conférences intergouvernementales qu’elle a organisée immédiatement après la chute du mur de Berlin, de 1990 à 1996. Le but du processus était de construire un nouveau consensus mondial.

Au cours de ce processus, les gouvernements Etats-membres de l’ONU, soit 192, ont adopté des politiques communes déterminant les nouvelles priorités, normes et valeurs de la coopération internationale.

Les conférences ont couvert en six ans les principaux thèmes de la coopération internationale :

  • l’éducation
  • l’enfant
  • l’environnement
  • les droits de l’homme
  • la population
  • le développement social
  • les femmes
  • l’habitat
  • la nourriture

Ces thèmes étaient restés marginaux pour les gouvernements durant la guerre froide, alors occupés prioritairement à contenir la menace de la guerre nucléaire. Après 1989, ils se sont imposés comme thèmes centraux et prioritaires de la coopération internationale pour l’ère post-guerre froide.

Les domaines qui n’ont pas fait l’objet d’une conférence à part, comme par exemple la santé, l’entreprise, l’éthique mondiale ou la culture, ont été intégrés dans le corpus du consensus global à travers le travail normatif des organes onusiens de 1990 à l’an 2000.

Le nouveau consensus mondial a été conçu comme un système : il se disait totalement inclusif. Il voulait offrir une nouvelle Weltanschauung, une nouvelle synthèse éthique, une nouvelle architecture mondiale pour le 21ème siècle. Dans l’esprit des constructeurs du consensus, les composantes du consensus étaient indissolubles et interdépendantes. Il n’était pas possible pour eux de séparer un élément d’un autre ni du tout. Le mot holistique exprime l’aspect systémique du nouveau consensus.

Les conférences étaient conçues comme un processus, chacune « construisant » sur les « acquis » (mot révélant l’existence d’un combat contre des résistances culturelles ou idéologiques) des précédentes. Encore et toujours au cours du processus de construction du consensus, l’ONU et ses partenaires ont répété que tout était lié à tout, que les conférences s’inscrivaient dans un continuum.

Au sommet du Millénaire (New-York, 2000), Kofi Annan, alors Secrétaire Général de l’ONU, a dit du nouveau consensus mondial qu’il était « normatif » : bien que ne liant juridiquement pas les états, l’ONU a conféré au « consensus » un caractère moralement contraignant, en vertu duquel il s’est imposé avec « autorité » et n’a jamais été remis en cause.

Les conférences n’étaient pas des événements isolés dans le temps, mais représentaient un programme à long terme. Leur application a été « vérifiée » ou « surveillée » (« monitored ») par l’ONU et ses partenaires ONGs cinq ans, puis dix ans, après qu’elles aient eu lieu. Il s’agissait d’asseoir de manière permanente (« durable ») le consensus et ses valeurs dans la gouvernance mondiale, dans les institutions régionales, nationales et locales. Il fallait que le consensus finisse par « imbiber » toutes les cultures.

Les huit Objectifs pour le Développement du Millénaire formulés par le Secrétariat de l’ONU en 2001 intègre les objectifs du processus des conférences. La réforme de l’ONU actuellement en cours se fonde sur le nouveau cadre normatif que le « consensus » de ces conférences a établi.

2015 est la « date-limite » pour l’application de ces objectifs et de multiple objectifs du processus des conférences, en particulier ceux de la conférence du Caire sur la population.

©2009 Marguerite A. Peeters
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